Une belle victoire des ONG

4 Juin

Les banques se vantent de contribuer à la transition énergétique. Pourtant elles continuent à financer des projets d’extraction de charbon, pétrole, gaz de schiste etc. Comment les en dissuader ?

« Les grandes banques françaises ne lésinent pas sur les moyens pour gagner la confiance de leurs clients. A les écouter, elles ne participent pas seulement à la transition énergétique mais ont fait de la lutte contre les changements climatiques leur priorité » (3) déclarait Lucie Pinson, chargée de campagne Banques privées / Coface pour « Les Amis de la Terre » en février 2015. Mais elle ajoutait « les soutiens des banques au charbon suivent la même courbe que leur enthousiasme à se vanter de leur activité verte : ils ont clairement augmenté entre 2005 et 2013, de 212 % précisément ! »

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C’est pourquoi Les Amis de la Terre se sont entendus avec Market Forces et Sunrise Project, deux ONG australiennes, pour lancer une campagne contre de grandes banques qui s’étaient inscrites au tour de table du financement d’une grande mine de charbon dite « Galilée » dans l’Est de l’Australie, pour la société Alpha Coal. Ces 3 ONG ont gagné, au moins en France : la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas ont annoncé début avril qu’elles se retiraient de ce projet ! Le « risque réputationnel » les a rendues sages. Bien entendu ce n’est qu’une petite bataille dans la guerre à mener contre la poursuite de l’exploitation des ressources énergétiques fossiles.

Le GIEC nous a prévenus : pour conserver une chance sur deux de contenir la hausse des températures suns la barre des 2 ° C par rapport à la période préindustrielle, les émissions de CO2 ne doivent pas dépasser environ 1 milliard de tonnes d’ici à 2050 (*) . Or les réserves fossiles connues permettraient d’en émettre 3 fois plus. Non seulement il ne faut plus faire de recherche de pétrole, charbon, et autres hydrocarbures non-conventionnels puisque nous ne devrons pas y toucher, mais en plus il faut laisser sous terre les 2/3 des réserves déjà connues !

Dans la revue Nature du 8 janvier, deux chercheurs britanniques de l’University College de Londres ont publié une étude sur les conséquences de cette contrainte climatique. Leur objectif était de proposer une répartition des restrictions qui optimise -sur le plan économique- l’utilisation des ressources fossiles encore « autorisées ». Résultats : il faut laisser sous terre 35 % des réserves de pétrole, 52 % des réserves de gaz, et 88 % des réserves de charbon.

Comme le renoncement au projet de mine de charbon de Galilée en Australie est loin de correspondre à un tel niveau d’exigence, il y a de bonnes raisons de continuer à menacer les banques de mauvaise réputation en raison de leurs contributions au dérèglement climatique. (**)

Mais comment un particulier peut-il identifier les banques dont il faut se retirer pour peser sur elles ? Elles n’affichent pas leurs crédits aux entreprises du carbone fossile ! C’est pour surmonter ce manque de transparence que Les Amis de la Terre ont publié un guide à l’usage des épargnants : « Comment choisir ma banque »

http://www.amisdelaterre.org/climat-comment-choisir-ma-banque.html D’autres acteurs de la lutte contre le dérèglement climatique invitent les fonds de pension, les collectivités territoriales, les diverses institutions qui ont des niveaux d’épargne significatifs, à retirer leurs fonds des entreprises du carbone fossile. Chacun peut relayer cet appel à sa mairie ou à sa caisse de retraite par exemple.

Le Conseil de Paris a d’ailleurs pris une délibération en faveur du désinvestissement dans ces entreprises. Paris dispose déjà d’une caisse de retraite par capitalisation pour ses anciens conseillers, qui bien sûr est visée par cette délibération. Et d’une manière générale, il en est des villes comme des particuliers : elles ont en banque des comptes courants et des fonds de réserve. Toutes nos Collectivités territoriales ont donc un levier à leur disposition pour se retirer du financement des entreprises du carbone fossile.

D’autres institutions en disposent elles aussi. C’est ainsi qu’une association des anciens élèves de la célèbre Université d’Oxford lui ont demandé de retirer leur épargne de ce secteur économique « climaticide ».

Le mouvement est enclenché. Relayons-le !

(*) Compte tenu de ce qui a déjà été émis, il ne reste que moins de 600 millions de T de CO2 d’émissions « autorisées »

(**) D’autant plus que les banques françaises n’ont renoncé qu’à la mine de Galilée. Selon BastaMag elles demeurent impliquées dans d’autres projets de la même Cie Alpha Coal : « Dans l’État de Victoria, elles sont en première ligne pour renflouer des centrales à charbon extrêmement polluantes et controversées, appartenant à GDF Suez.   BNP Paribas et la SocGen figurent aussi parmi les soutiens de la mine de charbon de Maules Creek, dans l’État de Nouvelle Galles du Sud. Ce projet vise lui aussi a exporter des millions de tonnes de charbon. »

Sources

Pressées par les ONG trois banques françaises se sont retirées d’un projet minier , article paru dans Le Monde du 10 avril 2015

Les Maires doivent s’engager contre les combustibles fossiles, article paru dans Le Monde du 31 mars 2015

Des réserves fossiles rationnées pour éviter le surchauffe, article paru dans Le Monde du 9 janvier 2015

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